Retard SNCF : une obligation de ponctualité mais des conséquences limitées

Responsabilité de la SNCF : Arrêt de la Cour de cassation du 14 janvier 2016

L’arrêt rendu par la Cour de cassation le 14 janvier 2016 s’inscrit dans une jurisprudence classique sur la responsabilité de la SNCF en cas de retard d’un train.

train

En l’espèce, un utilisateur a acheté deux billets de train pour effectuer un trajet Marseille-Istres en première classe et, le lendemain, un voyage d’Istres à Nîmes avec une correspondance à Miramas. Il sera finalement contraint de voyager en seconde classe dans le premier train et de se rendre en taxi à Nîmes en raison d’un retard de plus de trente minutes du second train.

Il décide d’engager la responsabilité de la SNCF afin d’être indemnisé de ses préjudices. Pour rejeter ses demandes, à l’exception du remboursement du coût du siège de première classe et du billet de train inutilisé, la juridiction de proximité de Marseille, dans un jugement rendu le 16 juin 2014, retient que le voyageur n’établit ni la réalité ni la consistance d’une faute imputable au transporteur dont la responsabilité n’est pas engagée.

La Cour de cassation casse et annule le jugement de la juridiction de proximité pour violation des articles 1147 et 1150 du code civil. Dans son attendu de principe, les juges de la Haute juridiction rappellent que “l’obligation de ponctualité à laquelle s’engage un transporteur ferroviaire constitue une obligation de résultat dont il ne peut s’exonérer que par la preuve d’une cause étrangère ne pouvant lui être imputée ; et que la méconnaissance de cette obligation est réparée à concurrence du préjudice strictement prévisible lors de la conclusion du contrat et qui constitue une suite immédiate et directe du retard dans l’exécution de celui-ci“.

Recours du consommateur : Obligation ponctualité et remboursement de la SNCF

Devant les juridictions, les litiges relatifs aux retards de train sont courants. Les clients excédés n’hésitent plus à saisir les tribunaux aux fins de voir condamner la SNCF à indemniser leur préjudice.

Le préjudice est principalement financier mais il peut être également moral comme le montre la jurisprudence qui a déjà indemnisé un client au titre de son préjudice moral généré par les inconvénients du retard : stress, énervement… (TI Paris, 2 nov. 2011, n° 91-11-000024).

Les relations entre la SNCF et ses clients étant de nature contractuelle, il convient, pour agir contre la SNCF, de respecter les conditions de mise en œuvre de la responsabilité contractuelle. Dès lors il est nécessaire de démontrer une faute, un dommage et un lien de causalité entre ces derniers.

Concernant le dommage, l’article 1150 du code civil énonce “le débiteur n’est tenu que des dommages et intérêts qui ont été prévus ou qu’on a pu prévoir lors du contrat, lorsque ce n’est point par son dol que l’obligation n’est point exécutée”.

Au sens de la jurisprudence, un dommage est prévisible, conformément à l’article 1150, lorsqu’il peut être normalement prévu par les contractants au moment de la conclusion de la convention (Civ. 1re, 25 janv. 1989). Cette conception limite ainsi l’étendu de la responsabilité du co-contractant à ce qui était prévisible. Cet argument est largement invoqué par la SNCF pour tenter de limiter le montant des indemnisations qu’elle doit versé à ses clients en cas de retard ou d’annulation de train.

Les retards ou annulations de train peuvent avoir des conséquences plus graves qu’une simple gêne financière: En effet, souvent les clients devront faire une avance sur le paiement d’un autre ticket ; Mais il se peut qu’un retard puisse empêcher l’utilisateur de prendre une autre correspondance, un avion, un ferry pour continuer son voyage; ou bien tout simplement ne l’empêche d’honorer une obligation professionnelle …

Les limites de responsabilité de la SNCF

Les dispositions de l’article 1150 du code civil posent une limite à la prise en charge de ces conséquences néfastes d’un retard de train sur le terrain de l’indemnisation. En effet, comment prouver que la SNCF savait que l’utilisateur devait prendre un avion ou assurer une plaidoirie devant une juridiction?

Par exemple, la Cour de cassation précise qu’il est nécessaire, pour obtenir une entière indemnisation, d’expliquer en quoi la SNCF pouvait prévoir, lors de la conclusion du contrat, que le terme du voyage en train n’était pas la destination finale des voyageurs et que ces derniers avaient conclu des contrats de transport aérien (Civ. 1re, 28 avr. 2011, n° 10-15.056). Dans le même sens, la Cour de cassation a jugé que l’impossibilité pour un avocat de pouvoir assister son client, à la suite du retard de son train, n’est pas un dommage que pouvait prévoir la SNCF (Civ. 1re, 26 sept. 2012, FS-P+B+I, n° 11-13.177).

La Cour de cassation est respectueuse de l’article 1150 et retient une définition très restrictive de la prévisibilité du dommage.

Ce courant jurisprudentiel est plutôt favorable à la SNCF et limite l’indemnisation des passagers au seul remboursement du titre de transport en cas de retard ou d’annulation du train.

En dépit de cette solution restrictive pour les utilisateurs de la SNCF, la Cour de cassation rappelle, sans cesse, que l’obligation de ponctualité de la SNCF, résidant dans son cahier des charges, est une obligation de résultat.

Par conséquent, la responsabilité de la SNCF est engagée dès lors qu’un retard est constaté comme le rappelle l’arrêt du 14 janvier 2016. Le non respect de cette obligation ouvre droit à réparation sur le fondement des articles 1147 et 1150 du code civil. L’action en responsabilité contre la SNCF reste donc ouverte même si le montant de l’indemnisation versé aux clients demeure, en principe, relativement faible.